07 janvier 2009
La Grande Guerre à partir des carnets de Monsieur Georges PETIT
Ces textes ont été transcrits et commentés par Joëlle PAUTEVIN.
Merci de la prévenir pour tout usage que vous souhaiteriez en faire.
1914 -1918 : La Grande Guerre à partir des carnets de Monsieur Georges PETIT (né le 21 janvier 1884 à Renwez (08), décédé le 29 juillet 1976) et du témoignage de ses filles étayés par des documents de l’époque.
Mesdemoiselles Suzanne et Madeleine PETIT m’ont confié, il y a peu, les carnets que leur père, Georges PETIT, avait écrits pendant la Grande Guerre 1914-1918. Ils étaient bien rangés dans un tiroir du bureau, depuis des années. Leur père les relisait parfois par nostalgie de sa jeunesse peut-être, ou plus sûrement parce qu’il lui revenait en mémoire des souvenirs bien traumatisants de cet horrible conflit. A ces carnets, j’ai incorporé des souvenirs de Suzanne, née en 1912.
Monsieur Georges PETIT est né le 21 janvier 1884 à Renwez (08), décédé le 29 juillet 1976. Sa belle- soeur, Marie THIERY née BADRE, était aussi originaire de Renwez. Elle appartenait à ces familles qui ont fait vivre le village au 19ème siècle : Monsieur THIERY était brasseur, et Monsieur BADRE briquetier.
Monsieur PETIT a travaillé dès 18 ans aux Contributions Indirectes, comme son père d’ailleurs. Sa première affectation en tant que contrôleur l’a conduit à Rethel, puis au fil des promotions, en banlieue parisienne. Il termina sa carrière à Charleville comme inspecteur principal.
La lecture de ses carnets révèle une très grande rigueur dans la description d’une errance qui a duré 1561 jours (c’est lui qui les a comptés). Ses filles m’ont appris qu’il se sentait une vocation d’employé des Chemins de Fer : c’est sûrement pourquoi les horaires et les directions des trains qu’il a pris sont indiqués avec autant de précisions.
Ils ont été écrits à l’encre noire, un peu pâlie par les années. L’utilisation de la plume explique peut-être que pendant les grandes offensives, ils n’ont pas été tenus à jour, l’installation étant rudimentaire.
Dès 1925, quand Monsieur PETIT a eu sa première voiture, il a emmené sa famille sur les champs de bataille. Ces promenades, comme le relate Madeleine, n’avaient rien de bien réjouissant pour des jeunes filles, mais leur père avait besoin de leur montrer les lieux où il avait été présent pendant les combats. C’était sûrement une manière d’exorciser l’horreur qu’il avait côtoyée comme tant d’autres.
06 janvier 2009
Introduction au Carnet 1 "1914. Souvenirs"
Ce 1er carnet, un carnet publicitaire « Liqueur de Marque « Menthe-Pastille » de E.Giffard à Angers » avec le calendrier de l’année 1914, s’intitule « Souvenirs ». Il couvre la période du 24 août au 20 octobre 1914. C’est l’évacuation de son épouse Marguerite et de sa fille Suzanne, alors âgée de 2 ans, elles sont accompagnées par Marie, sa belle-soeur, et ses fils. Les Ardennes sont envahies.
Dans un premier temps, Monsieur PETIT conduit sa famille vers la Normandie : voici les grandes étapes du voyage du 24 au 26 août 1914.
Charleville – Lonny – Bolmont – Liart – Amagne – Reims – Paris – St Vaast d’Equiqueville (au sud-est de Dieppe).
Les Prussiens approchant, sa famille quitte cette région et retrouve Monsieur PETIT à Rouen le 6 septembre 1914. Divers trains les amèneront dans l’Isère, dans de la famille, le 9 septembre 1914 en passant par : Orléans – Vierzon – Bourges – Saincaize (près de Nevers) – St Germain des Fossés (près de Vichy) – Roanne – St Etienne – Lyon – Grenoble – Voiron – St Laurent du Pont (Isère).
Dans ce premier carnet, les jours sont méthodiquement soulignés. C’est sûrement le plus soigné des trois, c’est aussi celui qui retrace une période où il n’était pas au cœur du conflit. Il ne mesurait pas non plus quelle allait être la durée de cette guerre. Il souffrait du manque d’information concernant sa famille, et son devenir de soldat.
Lors de sa mobilisation, il a été affecté dans la Marine, et s’est retrouvé dans la région de Saint-Malo. Suzanne se souvient qu’il parlait souvent de son uniforme qui ne lui allait pas : il était mal taillé et avait des manches trop courtes !
Avec ses collègues, il s’offre quelques excursions au Mont Saint Michel notamment. Mais il écrit : « Bien que cette promenade soit délicieuse, je n’y éprouve aucun charme, ayant toujours la pensée de Marguerite et Suzanne qui sont loin et surtout des miens dont je n’ai aucune nouvelle ».
« Les semaines se passent monotones. J’espère toujours être rappelé dans les Ardennes. Mais on n’avance pas. Pourquoi les a-t-on laissé entrer, et surtout pourquoi a-t-on laissé les populations à la merci des barbares plutôt que de les avoir prévenues qu’à Charleroi, on battait en retraite. De grands malheurs auraient pu être évités. Mais on n’a cure de la population civile. Et pourtant…qui paie ? ».
05 janvier 2009
Carnet 1 : 1914
Nuit du lundi 24 au mardi 25 août 1914
Réveillé vers 2 h du matin par Watrin. Les collègues partent pour Rethel à 6 h matin. Marguerite (son épouse), Suzanne (sa fille née en 1912) et moi partis de Charleville à 9 h matin en voiture pour Lonny. Arrivée vers 11 heures. Nous y avons déjeuné. A 2 heures, nous quittons mon père, bien triste. Prévot nous conduit en voiture à Bolmont. Nous y sommes rejoints par Marie et ses 2 petits. Vers 4 heures, arrive enfin un train (on entend le canon vers Sedan). Obligés de monter dans un wagon de marchandises jusque Liart. Là, nous trouvons aussitôt un train jusque Amagne, puis un vers Reims. Entre Amagne et Rethel, Suzanne, incommodée par la chaleur, est malade. Je suis bien ennuyée, et je décide qu’on arrêtera à Rethel chez Folliant, hôtel moderne, pas de place ; à bien d’autres endroits également. Je trouve enfin Mme Millet qui nous hospitalise de grand cœur. Nous y mangeons et couchons.
Le lendemain, mercredi 26, à midi
Je suis envoyé en mission à Reims. J’y conduis Marguerite et Suzanne. Arrivée à 2 ½ h. Je les installe dans un train qui part pour Paris à 11 heures ½. Elles sont arrivées à Paris à minuit, y ont couché et le lendemain à 8 heures pris le train pour St Vaast d’Equiqueville (Seine Inférieure). Je suis obligé d’attendre à Reims jusque 3 h du matin. Je rentre à Rethel vers 4 heures par une pluie battante.
Jeudi 27
Nous nous installons à l’entrepôt de Rethel où on travaille tant bien que mal. On voit arriver de nombreux émigrés du nord des Ardennes. Successivement arrivent des collègues obligés d’évacuer leurs recettes. On dit que les prussiens sont entrés par Rocroi.
Vendredi 28
Arrivent toujours des émigrés. La panique commence à prendre à Rethel. Dans l’après-midi, violente canonnade vers Launois. A 7 heures on parle d’évacuer. Vers 8 h la population part, mais à Sault, on fait faire demi-tour à beaucoup. Nous couchons dans le grenier de l’entrepôt car on s’attend à partir. Nous prenons la garde à tour de rôle devant la sous-préfecture. On entend la fusillade vers Novion. Je suis de garde de minuit à 1 h ½. Vers 1 heure arrivent des autos qui ont été attaquées vers Launois. A1 h ¼, on nous prévient de nous tenir prêts à partir. Vers 3 heures on nous fait diriger vers la route de Sault. Nous attendons le CBR. A 5 heures, arrivent 5 trains. Le premier est pour les fonctionnaires. Le canon tonne près de nous quand le train démarre. Il fait froid. Arrivée à Reims vers 10 heures.
Samedi 29
Nous apprenons qu’à 2 heures on nous donnera des instructions à l’école Gerbaud à l’extrémité de Reims. A 6 h, nous quittons sans instructions.
Dimanche 30
Toute la journée se passe sans instructions.
Lundi 31
Même résultat.
Mardi 1er septembre
On convoque 5 classes de facteurs. Puis vers 5 h ½, nous avons nos ordres de service.
Mercredi 2
Avec Watrin et Guillaudelle nous sommes à la gare de Reims à 7 h ½. Nous montons dans un train pour Châlons. Ce train ne part qu’à midi au moment où le génie fait sauter les voies. On arrête sans cesse. Nous arrivons à Châlons le jeudi 3 à 9 h du matin. Nous allons à la Direction ; tout est fermé. Ils ont évacué à 4 h matin ! A midi nous prenons un train pour Troyes. Panique à Châlons. Tout le monde fuit. Après bien des arrêts, nous débarquons à Troyes-Croncels à 3 h matin. Pas de chambres. Nous allons au commissariat jusque 6 heures. A 8 heures à la Direction. Là on nous donne des ordres de service. J’en ai un pour Rennes en passant par Rouen où je peux aller chercher Marguerite.
Vendredi 4 septembre
Nous revoyons là Sourde, Faucheron, Pouillart, et aussi les collègues de Nancy et de Reims. A 6 h du soir, nous montons dans un train qui, par Sens, Montargis, nous amène à Orléans à midi le samedi 5. De là, avec M. Bourcier, nous partons à 3 h pour Le Mans et Rouen. Arrivés à Chartres à 7 ½ soir. Pas de train pour Rouen. Nous cherchons une chambre en vain dans tous les hôtels. Finalement, un coiffeur nous offre un lit.
Dimanche 6
En arrivant à 6 h du matin dans la cour de la gare, j’ai la stupéfaction et le plaisir d’y voir Marguerite et Suzanne. Arrivées dans la nuit avec Marie (ils ont quitté Arques, les prussiens approchant). Elles ont dû coucher dans la gare. Leur billet étant pour Orléans, je repars avec elles vers 8 heures. Après arrêts de 11 h ½ à 2 h ½ avant d’entrer en gare, nous arrivons à Orléans. Les enfants pleurent, ils n’ont pas mangé. Nous ne trouvons qu’une petite auberge où nous passons la nuit sans dormir.
Lundi 7. A 8 heures
Départ pour Saint Laurent. Aux Aubrais, on change déjà, nous sommes serrés dans des wagons à bestiaux. Les parisiens se sauvent. On arrive à Vierzon vers 1 heure. On n’a que le temps de changer pour monter dans un fourgon d’un train vers Bourges. Là nous prenons place en 2è jusque Saincaize (au sud de Nevers). Arrivée 5 heures. Je me ravitaille au buffet mais il y a peu de chose. Le train qui doit partir à 5 h 50 n’arrive qu’à 8 heures. Nous sommes à Saint Germain des Fossés (au Nord de Vichy) à 1 h matin où on nous dit que le train vers Lyon est parti.
Mardi 8. Vers 2 h ½
On forme un train pour Roanne où nous sommes à 5 h matin. Change pour St Etienne. De nouveau change de train. Un express nous amène à Lyon à midi. Le train pour Grenoble n’est qu’à 5 heures. Nous partons enfin. A Voiron (9 h soir) plus de train pour St Laurent (Isère). On y couche. Tout le monde est fatigué et bien désolé.
Mercredi 9. A 8h matin
Une voiture nous conduit à St Laurent du Pont. Nous arrivons chez les cousins Satre à 10 h ½. Ils nous accueillent. A 1 heure, je quitte bien triste Marguerite et Suzanne. Quel crève-cœur. On me ramène à Voiron où à 3 h ½ je prends le train pour Lyon. A 10 heures, un express me conduit à St Germain des Fossés où on m’a fait descendre à tort, l’express arrêtant à Saincaize. Un omnibus suit, mais à Moulins, on descend. Il est 2 heures. Je me couche dans un wagon jusque 6 heures puis je vais en ville : je vois Armande Le ?, et Julien de Sedan.
jeudi 10 à 10 h
Je pars pour Saincaize. Arrivée à midi. Départ vers 1 h ½. Par Bourges, je vais vers Tours (1h matin). Là on me dit que je ne puis passer par Le Mans, la ligne étant occupée. Je continue sur Angers.
Vendredi 11
J’y arrive à 8 h matin et en repars vers 11 heures pour Le Mans où je suis à 3 heures. Je repars à 9 h du soir pour Rennes où j’arrive le samedi 12 à 4 h du matin. Je trouve un lit dans un hôtel voisin de la gare et à 9 h je vais à la Direction où je trouve Pouillart (un de ses collègues). On m’affecte au contrôlement.
Dimanche 13
A 11 h, je vais à St Malo pour avoir des nouvelles chez M. Leblanc. Mais ils ne savent rien. Je repars à 5 h 15 pour Rennes.
La vie se passe monotone. Pas de nouvelles de chez nous. Heureusement encore que ma femme et ma fille sont en sûreté. J’attends tous les jours avec impatience les nouvelles que Marguerite m’envoie jour par jour.
Dimanche 20
Parti le samedi à 5 h à St Malo, j’ai passé la journée chez M. Leblanc. Ils ne savent rien. Vu la grande marée. Retour le lundi 21 à 8 h matin.
Dimanche 27
Watrin (un de ses collègues) vient passer la journée avec moi.
Dimanche 4 octobre
Parti coucher le samedi à Combourg où est Watrin, nous allons le dimanche au Mont St Michel. C’est très joli et surtout très imposant. Comme j’ai souhaité que les miens soient avec moi. L’aller se fait en auto de Pontorson au Mont. Le retour, à 3 heures, à pied. Bien que cette promenade soit délicieuse, je n’y éprouve aucun charme, ayant toujours la pensée de Marguerite et Suzanne qui sont loin et surtout des miens dont je n’ai aucune nouvelle.
mercredi 29 septembre
J’ai écrit au Petit Parisien pour faire mettre un article. J’avais écrit auparavant à H. Lainé à Blois. Elle ne sait rien. Je reçois des lettres de personnes me demandant des nouvelles des Camus ; j’ai écrit dans la Hte Marne chez la sœur de Mme Briard. Ils n’y sont pas. Que cela est triste, quelles angoisses m’étreignent chaque jour.
Les semaines se passent monotones. J’espère toujours être rappelé dans les Ardennes. Mais on n’avance pas. Pourquoi les a-t-on laissé entrer, et surtout pourquoi a-t-on laissé les populations à la merci des barbares plutôt que de les avoir prévenues qu’à Charleroi, on battait en retraite. De grands malheurs auraient pu être évités. Mais on n’a cure de la population civile. Et pourtant…qui paie ?
Dimanche 11 octobre
Pouillart m’a télégraphié de St Malo qu’il y a excursion sur la Rance. Je pars le samedi soir coucher à St Malo. Je prends Watrin en passant à Combourg. Le lendemain départ sur le bateau à 7 h 45. Nous prenons Pouillart et la famille à Dinard. Jolie promenade, mais contrariée au début par un fort brouillard. Nous rentrons à midi. Puis Pouillart nous fait visiter St Enogat, Dinard et les Eplorges. A 6 h nous repartons à St Malo. Chez H.Leblanc, pas de nouvelles si ce n’est que Sedan renaît évacué par les prussiens. Nous repartons à 11h ¼ soir. J’arrive à Rennes à 2h ½ matin par un fort brouillard, et, la porte de l’hôtel close, je suis obligé de passer ma nuit dehors.
Cette semaine je m’ennuie de plus en plus. Reçu lettres de M. Loupot, A.Pinteaux, Mme Tirole.
Envoyé à mon frère un beau chandail. Je voudrais lui envoyer plus, mais on est limité (pas de postaux).
Dimanche 18 octobre
Malade, je suis resté ici et me suis ennuyé toute la journée.
Mardi 20
Suis allé voir Mmes Camus et Mottet qui sont à Rennes. On a bien causé du pays.
04 janvier 2009
Introduction au Carnet 2 "1915. Carnet de route"
Maréchal des logis fourrier (41ème artie lourde 8ème groupe 33ème Bie) nommé le 1er novembre 1915 maréchal des logis chef (85ème artie lourde 2ème groupe 3ème Bie)
Ce carnet couvre la période du 27 février 1915 au 22 janvier 1917. Monsieur PETIT décrit les étapes de ses déplacements : Châlons – Mourmelon – Verdun – Châlons à nouveau – Région d’Epernay – Suippes – Dormans – Reims – Verdun – Mailly – et pour finir la Somme.
Il est souvent question du temps, froid, humide, de la neige, de la chaleur excessive. Ces conditions météorologiques ont d’énormes répercussions sur les combats, et sur le quotidien des soldats ; combien de fois écrit-il « on embourbe », la boue est omniprésente rendant difficile les déplacements. Sa peur, il ne la dit pas franchement, mais on sent qu’il est passé bien des fois à côté de la mort. Les déplacements se font souvent de nuit pour éviter d’être repérés par l’ennemi. Toujours très présent dans ce carnet aussi, le manque d’informations quant à la destination de son régiment. Il parle de ses permissions, parfois refusées à la dernière minute, il doit invoquer la maladie de son épouse ; pour la naissance de Madeleine, on lui accorde, « quelle bienveillance ! », deux jours de permission.
Il évoque aussi les lieux de bataille et les carnages. Ainsi souligne-t-il spectacle inoubliable, en décrivant ce qu’il voit au lever du jour après une nuit de bataille. Ce soulignement en dit long sur ce qu’il a vécu : des trois carnets, ce sont les seuls mots soulignés, en dehors des dates.
Pendant les périodes plus calmes, il se hasarde à décrire le paysage et rêve d’y emmener femme et enfants.
Il y a aussi de longs moments pendant lesquels il n’écrit pas, ainsi entre le 19 mars et le 22 mai 1916 : c’est une période de combats intenses, Verdun, l’Argonne, la Woëvre « le temps passe et on est toujours en position », « les obus tombent partout ». On peut comprendre ces silences : le danger, les obus, les ravitaillements difficiles sont le quotidien. Et surtout le découragement s’installe après les offensives : « la canonnade fait rage du matin au soir, mais pas de résultats appréciables. C’est bien dur. »
03 janvier 2009
Carnet 2 : 1915 - 1917
1915
Samedi 27 février
A 10 h matin arrive l’ordre de départ. A midi, on se met en route vers Châlons en passant par Meaux (11 h ½ soir).Trilport (pont sauté par les anglais où on passe voiture par voiture), La Ferté sous Jouarre, Montmirail, Champaubert, Etoges (vu en sortant du pays un caisson allemand), arrivée à Châlons le dimanche à 7 h soir. On loge à la caserne du 25ème d’artillerie. Mangé à l’hôtel.
lundi 1er mars
A 8 h matin après une pluie torrentielle, on se met en route. Arrêt à La Veuve où nous restons jusque 8 h soir. Tempête de neige. Le canon gronde. On part, en silence, mettre en batterie. Après Mourmelon le Petit, la batterie va à Baconnes, l’échelon reste la nuit dans une plaine immense, recouverte de neige. On a froid.
mardi 2
Au matin, nous venons nous placer près d’un bois de sapin. On cache les voitures aux yeux des « taubes »
Le mardi soir à 10 h on va chercher les pièces que l’on ramène près de nous.
Du mercredi 3 au dimanche 7
Je pars reconnaître un emplacement. Nous conduisons la batterie au repos, route de Châlons, entre St Etienne au Temple et la gare de Cuperly. Nous restons dans un bois de sapins jusqu’au vendredi 5 mars où à 8h soir nous repartons mettre en batterie vers Jonchery sur Suippe. Nuit noire. On marche feux éteints. Nous longeons les lignes ennemies. Les fusées partent fréquemment des tranchées et nous éclairent en même temps qu’elles éblouissent. Nous passons à Suippes, bombardé fréquemment. Le canon tonne. A la ferme de Jonchery nous prenons dans les champs ; mais le terrain est mauvais. On embourbe. Devant nous les pièces ont pu passer grâce à leurs ceintures de roues. Quant à nous impossible d’avancer, on n’y voit goutte. Soudain, le Commandant décide que l’échelon va faire demi-tour. On manœuvre au cabestan et on en sort. Nous allons vers la gare de Cuperly. Le jour se lève. Il était temps. Nous risquions d’être bombardés. On se loge dans un bois près de la voie romaine ; nous y passons la journée du samedi 6, mais le dimanche 7 mars à 6 h ½ du matin nous voilà partis à travers le camp. Journée inoubliable. On embourbe ; les tracteurs patinent. Enfin à 7 h du soir (12 heures pour 5 km) nous arrivons à un petit bois où nous devons camper. La moitié des remorques est semée à travers le camp. Il a plu; on est mal.
Les journées du lundi 8 et mardi 9
Il gèle. La bise souffle sur ce plateau. On est transi.
mercredi 10
Nous quittons pour aller occuper des baraquements non loin de Mourmelon. On y est assez tranquille. Chaque jour, je fais le ravitaillement à la batterie.
vers le 20 mars
Brusquement, un matin, on nous fait changer pour occuper d’autres baraquements. On s’installe une fois de plus. Le matin je vais tous les 2 jours à la gare de Mourmelon. L’après-midi, chaque jour, à la batterie. Pendant ce séjour, je rends visite à M. Lambotin que j’ai connu Ctr Ppal à Nouzon. J’assiste au bombardement en règle des hangars d’aviation. Les taubes et aviatiks viennent souvent nous repérer.
vendredi 26
Le lendemain d’un bombardement, nous quittons à nouveau pour aller occuper des « gourbis » en plein bois. On n’y reste pas longtemps.
samedi 27
Je vais reconnaître un cantonnement à Vadenay. Je couche le soir dans un bon lit, chez M. Kintzel (bureau de tabac).
dimanche 28
Repos.
lundi 29
Enfin à 5 h soir, nous partons, direction Cuperly. Où va-t-on ? Je me le demande. On a parlé d’une étape de 70 kms : c’est Verdun ou Soissons. D’autres parlent d’aller en Alsace. Bref au carrefour de la Grande Romanie, nous prenons la route de Verdun. J’en suis heureux. Nuit superbe, quoique froide. Il fait un joli clair de lune. Nous passons à Auve (Marne) presque détruit ; Ste Menehould ; nous arrivons à Clermont en Argonne, où chacun a le cœur serré, en voyant les ruines accumulées par les barbares. Une bonne partie de la ville est détruite par l’incendie. Des murs restent encore debout. Le tableau est sinistre. Des trains d’une longueur démesurée circulent, le ravitaillement de Verdun ne se faisant que la nuit. J’arrive en pays connu : Aubréville, Parois, Dombasle, Baleicourt, Glorieux ; on tourne à gauche. Où allons-nous donc ? Pas loin. A la caserne de Jardinfontaine.
mardi 30
Il est 4 h du matin. Des chambres garnies de paillasses nous attendent. Vers 10 h du matin passe un aviatik qui lance 4 bombes à nous destinées. Heureusement elles tombent de l’autre côté de la route, à 150 mètres de là.
L’après-midi je vais au QG pour voir mon beau-frère qui est bien étonné de me trouver-là. Le soir la batterie part vers Braquis (à l’est de Verdun) ; la neige se met à tomber.
mercredi 31
Je pars avec le camion, à 8 h matin. Nous arrêtons à Haudiomont jusque 2 h soir puis allons à Châtillon où on cantonne. Nous sommes dans une maison isolée. Là, le ravitaillement se fait la nuit. La route de Manheulles est trop en vue. Toutes les nuits je vais à Braquis. La batterie loge au « château » près des Tuileries. Je passe par Watronville, Ronvaux, Haudiomont, Manheulles, Ville en Woëvre. Enormes trous d’obus aux environs de Manheulles,Ville en Woëvre, ce dernier presque en totalité détruit). Je vois la nuit le train allemand vers Harville (à l’est de Verdun). Que de souvenirs me rappelle ce pays où encore cette année je me faisais une joie de venir par le petit train avec Marguerite et Suzanne. Les fusées luisent de toute part ; les mitrailleuses crépitent. C’est sinistre.
dimanche 4 Avril
Jour de Pâques, pluie toute la journée. On ravitaille à Dugny (au sud de Verdun) ; je pars à la batterie à 7 h et en rentre par une pluie torrentielle à 4 h matin. La route est encombrée de convois. On prépare quelque chose. L’artillerie arrive en masse.
mardi 6
Nous partons pour aller dans un bois tranchée de Calonne. Ce soir-là, guigne complète : accrochage d’une voiture légère en descendant la côte d’Haudiomont ; embourbé en bas. Puis aussitôt Ville en Woëvre embourbement complet. Je reviens chercher un tracteur et je passe la nuit sur la route de Metz, sous la pluie, attendant en vain les tracteurs partis à Verdun en corvée. Le matin on arrive à sortir le camion. Je ramène des blessés. Chaque nuit d’énormes convois automobiles conduisent des planches à Braquis. Il pleut toujours. La plaine de Woëvre est couverte d’eau. Les opérations sont difficiles. La batterie change de position et vient s’installer au château d’Hanonville, marmité à outrance chaque jour. Nous allons derrière le fort du Rozellier où on reste 2 jours dans la boue. Puis nous venons non loin de là près la Batterie St Aignan. Revu avec plaisir Raulin, Lehang, Mme Franquin. Je vais plusieurs fois à Verdun ; j’en profite pour voir Fernand Thiery, déjeuner à l’hôtel de Metz et à La Cloche. Passé chez Marchal. On est bien dans ce bois. C’est poétique.
Mais le mercredi 21 avril nous partons le matin à Ancemont. Nous mangeons chez le maréchal, en face la scierie.
jeudi 22
A 6 h matin départ pour Cuperly. Nous faisons le chemin fait il y a 3 semaines. Je le fais en voiture légère, venant pour le cantonnement.
On reste ici jusqu’au dimanche 25 avril où nous venons au repos à Livry-s-Vesle. Installés dans une maison seule. On va, dit-on, mettre en batterie vers Prosnes. Le séjour à Livry se prolonge, mai, juin passent. On est toujours ici.
1er juin
Je passe à la col. légère faire fonction de chef. Bureau très bien installé dans la salle à manger de la boucherie Raulet.
Du 14 juillet au 20 juillet
Je pars en permission 4 jours. C’est avec plaisir que je retrouve ma femme et ma fillette, toutes deux en bonne santé ; celle-ci grandie et changée. Mais hélas, cela passe vite.
20 juillet
Je rentre. Je trouve les batteries au repos ; les pièces sont descendues. Nous sommes remplacés par une batterie territoriale. On s’attend à partir chaque jour former une réserve d’artillerie lourde.
31 juillet
Par application de la loi Dalbiey, il ne m’est possible de passer chef à la colonne légère, un chef rengagé étant arrivé de Versailles. Je repasse fourrier à la 33ème Batterie. Départ de Livry à 6 h du matin pour Tours sur Marne (à l’est d’Epernay) où nous venons cantonner. Jolie localité : Marne, canal. Bureau bien installé. Je couche dans un lit chez M Deschamps, comptable ici dans une maison de champagne ; homme charmant, ardennais d’origine. Je trouve ici M. Franquin, qui accompagne la 42ème Don. Il y fait le ravitaillement. Nous dînons ensemble.
13 août
Au soir les batteries vont préparer des emplacements, face à Aubérive (cote 137). J’y vais au ravitaillement. Vilain coin. Le bois derrière lequel sera la 33ème est peu touffu ; les sapins y sont très courts. C’est à 3 kms environ, au n.e. de Mourmelon le Grand.
16 août
A 7 h matin, nous quittons avec regret Tours s. Marne et nous rentrons à Livry. Pas pour longtemps parait-il. Les batteries prennent position. On forme 3 batteries de 4 pièces.
Une semaine sur deux, je vais à la batterie mixte faire le ravitaillement. Certains soirs, ça canonne dur. Je vois les fusées s’élever vers Aubérive, Souain, Perthes, etc… Les marmites tombent parfois dans les environs et même près des pièces. Nous quittons Livry pour venir bivouaquer dans un petit bois. On prépare une attaque. Convois nuit et jour ; (traverses, rondins, etc…) ; arrivée d’artillerie surtout du siège. Frédéric m’écrit qu’il est dans les environs. La canonnade prend par moments, parfois très violente. Mais que c’est long et qu’on s’ennuie !
Dimanche 19 septembre
Frédéric vient passer la journée près de moi. Nous causons du pays, et chacun a hâte de revoir sa famille. Le bruit court que l’offensive ne tardera pas.
Lundi mardi 21 septembre
7 h en ravitaillant la batterie mixte (au dessus de la route de l’Espérance) j’entends bien l’ordre du généralissime, qui déclare que l’heure est venue de prendre une offensive générale, particulièrement violente sur plusieurs secteurs déterminés.
mercredi 22 septembre
A 6 h du matin commencement de l’offensive par une attaque d’artillerie.
Le jeudi, la canonnade est plus violente. Le vendredi, encore plus. Sur les côtes de Moronvilliers, s’élèvent des nuages de fumée, de poussière, etc.
Les avions tiennent l’air sans arrêt. Nous avons 8 « saucisses » dans notre secteur pour observer. On parle d’être bientôt à Vouziers. Le soir, en allant au ravitaillement, je vois l’incendie d’Aubérive par nos obus.
samedi 25 septembre
A 9 heures, attaque d’infanterie. Le soir, nous avons enlevé deux tranchées en avant. Aubérive a été pris par nous, puis repris par les boches qui ont converti ce village en une véritable forteresse ; et l’ont même dit-on inondé en déviant la Suippe.
dimanche 26
Reprise de la canonnade. Le soir, on apprend avec plaisir qu’à l’est, on a beaucoup avancé en Champagne : 1 à 4 km de profondeur sur un front de 25 km. Sommepy est entre nos mains. 12 000 prisonniers ; nous prenons des bouches à feu.
lundi 27
Le communiqué officiel apprend que dans le nord, les anglais marchent bien. Au total sur le front : 20 000 prisonniers. En avant de nous, vers Moronvilliers, c’est plus dur et l’avance sera plus lente. Il est désagréable que le mauvais temps nous contrarie. Nous nous attendons d’un moment à l’autre à partir d’ici.
samedi 2 octobre
A 7 h du soir, départ. Nous allons mettre en batterie au nord-ouest de Souain. Nuit lugubre .Nous passons par Mourmelon le Grand, St Hilaire (où les boches ont lancé un peu avant quelques obus suffocants). Il reste peu de chose du village. Jonchery, à demi-détruit ; Suippes, Souain totalement en ruines. Les obus éclatent de tous côtés. Nous nous engageons dans des espèces de chemin, au travers des anciennes lignes boches. La lune brille légèrement. Ce voyage est sinistre. On passe près d’énormes trous d’obus. Enfin on arrive à la position de batterie. Toujours les obus sifflent de tous côtés. Tout à coup des lueurs brillantes, sans doute boches. Puis le petit jour arrive. Alors c’est un spectacle inoubliable. Des cadavres sont encore là. Le sol est bouleversé : trous d’obus et tranchées. Celles-ci sont très profondes et bien aménagées. Je vois des armes, des munitions, tout cela épars. Nous retraversons Souain. Le clocher est en bas et les cloches sont dans la rue. L’emplacement de l’échelon est à 1 km de Suippes, route de Souain.
dimanche 3
Au soir les boches bombardent la route avec du 133 autrichien ; le lendemain dans la matinée, même répétition. L’après-midi, nous déménageons pour nous installer en dessous de la route de Perthes. De temps à autre les obus sifflent, bombardent Suippes.
mardi On apprend la prise de Tahure.
samedi 9
Vers 10 h matin, un avion boche nous descend une « saucisse » avec une mitrailleuse. On n’avance plus, ou peu. Il est vrai que c’est difficile : on se heurte à des retranchements formidables, bétonnés, fils de fer, coupoles blindées.
Tous les jours ce ne sont qu’attaques violentes ; canonnade bruyante.
jeudi 14 octobre
Vers 2 ½ h soir, m’arrive l’ordre d’aller faire un cantonnement à La Cheppe, qui se trouve un peu en arrière de la gare de Cuperly. Les tracteurs et camions partent à ce moment à la batterie pour aller rechercher les hommes et les pièces. Le temps est clair. La saucisse boche nous voit. Comme par hasard, la pièce de 133 balaie la route. Je crains qu’une de nos voitures soit atteinte. J’ai su après que les batteries étant marmitées à outrance, ordre fut donné aux tracteurs d’attendre à Souain la tombée de la nuit. Heureusement, on s’en est bien tiré. Dans Souain, un camion d’une section automobile reçoit un obus. Le conducteur est décapité. Le commandant envoie l’ordre de laisser les tracteurs à la sortie de Souain. Il est impossible de bouger les batteries qui sont marmitées à outrance. On ne sort de batterie que le soir, et la colonne n’arrive à La Cheppe que vers 1 h du matin. Pendant ce temps j’ai fait le cantonnement à la lueur d’une lampe électrique. C’est assez difficile. Peu de chambres pour officiers. La paille est rare dans les granges. Je couche dans le camion, sortie de La Cheppe vers Cuperly ; les voitures sont le long de la ligne stratégique Cuperly à Ste Menehould. Il y passe beaucoup de trains (ravitaillement, trains sanitaires, etc…). Souvent y circulent 2 locomotives boches prises en Alsace.
samedi 16
Au matin, départ pour Mairy sur Marne (au sud de Châlons). Triste souvenir de ce pays qui loge déjà des chasseurs à cheval. Nous arrivons en intrus. Discussions nombreuses. Logement très difficile. On bivouaque, faute de place qu’on ne veut pas nous donner. Tout le monde est énervé. Concentration d’artillerie lourde de tout calibre. Pourquoi ? De vagues bruits circulent. Salonique ? Un contrôleur vérifie les pièces et les trouve bien malgré les dires des officiers. Elles sont cependant dans un triste état.
lundi 18 octobre
Nous quittons ce mauvais pays pour aller à Sarry, à quelques kilomètres. Là, nous sommes mieux. Toujours la question : que va-t-on faire ?
mardi 19
Au soir, on nous dit de nous tenir prêts à partir le lendemain matin pour Vincennes. Joie sans limite de tous. Mais qu’y va-t-on faire ? Est-ce pour changer de matériel et partir en Orient ?
mercredi 20
Je pars de bonne heure faire le cantonnement à Viels-Maisons (à l’est de la Ferté-Jouarre). Nous suivons la même route qu’en venant au front. Je repasse non sans émotion à Etoges, lieu de naissance de mon père. Gentil pays. On repasse à Champaubert, Montmirail. D’assez nombreuses tombes datant de la bataille de la Marne. A Viels-Maisons réception chaleureuse. Tous les hommes couchent dans des lits. Par une carte, je préviens Marguerite que nous rentrons à Vincennes.
jeudi 21 octobre
On part à 7 heures. La route n’est pas longue. On passe par Coulommiers. A 10 heures nous sommes à Joinville. Là nous attendons des ordres. Enfin à 2 heures, on nous dirige sur Charenton. Parc sur la place des écoles. Cantonnement tout près. Je fais le logement des officiers. Le soir, dîner à Paris avec Guillemeau. On rentre pour coucher à 8 h ½.
A ce moment, je m’entends appeler. Ce sont 2 conducteurs de la colonne légère, qui, ayant dîné à Vincennes, ont trouvé ma femme et Suzanne à l’hôtel de l’Europe. Je ne puis les croire. Aussitôt, j’y cours, à travers le bois de Vincennes. Avec quelle joie je les retrouve ! Combien va-t-on rester ? On se le demande. Le lendemain nous nous établissons dans un hôtel à Charenton. Au bout de quelques jours, on apprend qu’on va changer de matériel (tracteurs, canons, camions). Le séjour se prolongera sans doute. Je cherche un appartement, et j’en découvre un joli, au 4ème étage d’un immeuble neuf, rue de la République. Nous revivons la vie de famille. Malheureusement, je n’ai que peu de temps à passer chez moi. Il y a du travail sans arrêt. Les après-midi de dimanche, nous allons à Paris. On revoit les amis : Mme Boutte ; Bouttet ; nous allons à Puteaux où je revois avec plaisir mon camarade Millet, évadé d’Allemagne. Suzanne est bien contente de se promener. Mais les jours passent trop vite, hélas.
1er novembre
Je suis nommé chef à la batterie. Nous formons une batterie de dédoublement avec 2 pièces de chez nous. Remaniement complet. On change de matériel.
16 novembre
Nous formons et passons 2ème groupe du 85ème artillerie ? 3ème batterie. On parle de départ ? Déjà ! Que c’est donc court.
mercredi 17
A midi ½ je reconduis Marguerite et Suzanne à la gare de l’Est. On se quitte le cœur gros. Cruelle séparation.
jeudi 18
A 9 h du matin nous partons pour aller vers Dormans. Nous faisons étape à la Ferté sous Jouarre. Jolie ville. Pont sauté et réparé en bois. Le soir, on apprend qu’au lieu d’aller à Dormans, nous irons à Courthiézy, petit village à 4 kms en avant.
mercredi 19
Départ. Nous passons environ à 25 kms de Neuilly. Que de pensées. On traverse Château-Thierry. A midi, on est à Courthiézy. Je suis logé au moulin chez Mme Armand. Triste village !
Les environs sont cependant pittoresques. La vallée de la Marne est jolie ; le pays est accidenté, et couvert de pommiers. La vie s’y écoule, monotone. Paperasses en quantité. Etats à fournir sans arrêt ! Je me prépare à aller en permission.
Du samedi 11 décembre au samedi 18 décembre
Je dois partir, mais le vendredi soir vers 10 h on vient me prévenir que l’on doit se tenir prêt à partir au front. Les permissions sont suspendues. Je n’en dors pas ! Le samedi matin, je vais voir le Commandant, qui en raison de la maladie de Marguerite m’autorise à partir. On me conduit à Château en auto. Au moment où je vais prendre le train de 10 h pour Neuilly, je trouve Marguerite et Suzanne en face de la gare. Je la trouve changée et j’en ai bien mal au cœur. Nous déjeunons à Château et y couchons (elle venait me rejoindre à Courthiézy).
Le lendemain, dimanche 12, nous partons à 4 h pour Neuilly où on arrive le soir à 6 h. J’y passe mes 6 jours de permission. Il fait assez beau temps, nous en profitons pour faire des promenades. Guillemeau m’avertit qu’ils sont allés échouer à Mourmelon Le Grand mais qu’ils vont sans doute en partir.
samedi 18
En effet, au moment de partir, il m’avise qu’ils sont à Mont de Billy (4kms en dessous de Livry sur la route de Reims).Je pars bien triste à 9 heures. Les trains ont du retard. J’arrive à Châlons à minuit. Je suis fatigué. Avec peine, je trouve une chambre au restaurant des Ardennes, place de la République.
dimanche matin
A 7 h je prends le train pour Mourmelon. A 10 h je suis au Mont de Billy où est l’échelon. Petit bureau bien installé. La batterie cantonne à Courmelois.
Elle travaille tous les jours à la construction des emplacements. Mise en batterie entre Courmelois et Beaumont sur Vesle au bout du canal. Secteur assez calme. Malgré cela, de temps en temps, les villages de Courmelois, Beaumont (surtout), Villers-Marmery, Verzy, sont bombardés. Je vais chaque soir à la batterie.
1916
1er janvier 1916
Triste. Que de souvenirs !
3 janvier 1916
Marmitage de la batterie qui reçoit 112 obus. Un 250 allongé tombe en plein sur la 1ère pièce et la coupe en 3 parties. Heureusement, personne autour, sans quoi…
J’ai l’occasion d’aller à la Sous-Intendance à Savigny (A l’ouest de Reims, sur l’Ardres). Jolie promenade par la montagne de Reims. Pays pittoresque, vignes.
Vers le 18
Le bruit court qu’on va partir. Frédéric vient me voir. Il m’apprend que son père est prisonnier en Allemagne.
jeudi 20 janvier
Au soir, la batterie part à Courthiézy.
vendredi 21
Je pars avec l’échelon à 8 h de matin. Pour Epernay, on arrive à midi. Chacun reprend son logement.
On parle d’y rester un bon moment. Pourvu que ce soit vrai, car il pleut souvent et on est mieux ici que dans la boue blanche de Champagne.
jeudi 17 février
Bruits de départ.
Chaque jour nous allons voir les progrès de la crue de la Marne, à la suite de pluie et de neige. L’eau arrive au P. à niveau de la ligne Paris-Châlons. En même temps, de nombreux trains militaires passent nuit et jour. On parle d’attaque vers Verdun.
jeudi 24 février
A 4 h du soir arrive l’ordre de départ pour le lendemain matin : direction de Verdun.
vendredi matin
A 8 h nous partons : quel temps affreux ; la neige tombe. Il a gelé. Aussi les camions patinent. On pousse derrière. Que de mal. Nous passons à Epernay. La neige tombe toujours ; puis vers Châlons il y en a moins. Nous faisons étape à Courtisols (près de Lépine) à 8 km de Châlons. La colonne se forme sur la route. Je couche dans la voiture. Il fait froid.
samedi 26 février
Départ à 8 heures. Par Givry en Argonne, nous allons à Nubécourt (vallée de l’Aire – au sud de Clermont en Argonne). Que de troupes arrivent ! Surtout de l’artillerie. Là en arrivant, je vois une grosse maison démolie par l’explosion d’un camion chargé de munitions. Tous les environs sont bouleversés. Nous formons colonne route de Beauzée.
Quelle boue et quel froid. Le canon gronde de toutes parts. Le soir des éclairs partout. La bataille fait rage sur Verdun. On n’a pas de journaux. Toutes sortes de nouvelles circulent : bonnes disent les uns, mauvaises disent les autres. Que croire ! Des convois d’émigrés passent venant de Verdun, Belleville, Thierville, Chatillon, Ancemont, Dugny etc… Quel triste spectacle ! Femmes, enfants, vieillards. Les uns à pied, les autres tassés sur des voitures. Que de serrements de cœur je ressens ! Cela me rappelle notre fuite des Ardennes !
lundi 28 février
Au soir nous partons à 8 heures. Par Beauzée, Souilly, nous arrivons à 4 h du matin route de Nixéville à Lempire (au sud ouest de Verdun) . On forme le parc en pleins champs. La batterie est allée se mettre en position non loin de Thierville et du fort de Chana.
Y allant le soir, je vois dans Glorieux des dégâts. L’arsenal est à demi détruit. En face, un énorme trou de marmite de 380 sur le bord de la voie de Paris. La batterie est bien située. Au pied d’une côte, dans un ravin. On tire beaucoup car les boches attaquent vers Douaumont. Ils tiennent le fort un moment ; on les déloge. Attaques vers Vaux. Les boches ont d’énormes pertes. Brusquement ils changent de tactique, et attaquent vers le bois de Cumières, le bois des Corbeaux (ouest de la Meuse). Quelle débauche d’artillerie. C’est phénoménal. On sent qu’ils cherchent le point faible. Verdun reçoit des obus. Ils battent un peu partout. Passant un soir vers le pont des Sautelles, j’y vois brûler un camion qui a été bombardé. Nous avons, à cette position de batterie, 2 blessés dont 1 adjudant.
15 mars
Au soir, nous allons occuper une autre position sur la rive droite de la Meuse, dans la côte St Michel. J’y vais par Thierville (bombardé souvent). Belleville où de nombreuses maisons sont atteintes. Le pont de la Galavaude a été coupé par les obus.
Les autres soirs, nous y allons par Verdun. Que de dégâts : rue des Capucins, rue Chevent ; dans le faubourg pavé où l’église est en miettes ! Dans le pré l’évêque, d’énormes trous de marmites, vers le chauffour où ça tombe souvent.
dimanche 19 mars
Je vais voir mon beau-frère à Verdun. Je vois, vers la caserne Anthanaud ( ?) beaucoup de dégâts ; sur la digue ; l’hôtel des 3 maures (marnes ?) abattu ; place Chevent ; le clocher de Ste Catherine décapité. Enfin, je vois que les obus ont tombé un peu partout, causant plus ou moins de dégâts, suivant les endroits.
La bataille continue, s’étendant en Woëvre, et en Argonne. Le canon tonne presque sans arrêt. Entre temps j’ai fait installer l’échelon dans le bois de Nixéville, route de Lempire. On n’y est pas trop mal, si ce n’est quelques journées de pluie et de vent. Mais ce qui est le plus désolant c’est de ne pas recevoir de courrier. Je reste 3 semaines sans nouvelles de Marguerite. Aussi il y a des jours où je suis découragé. Puis les correspondances arrivent, mais peu régulièrement.
La bataille continue et fait rage. Duels violents d’artillerie de part et d’autres. Je vais les après-midi à la batterie. C’est très dangereux non seulement la traversée de Verdun, où la rue Chevent, la rue St Pierre (maison Auclin) ne sont que ruines, mais le plus dur est de la sortie du faubourg pavé à la villa St Michel. Les obus tombent partout ; tous les calibres ; depuis le 77 (plus rare) jusqu’au 210 en passant par le 1O5 et le 190. Ce ne sont que trous d’obus partout. Le chemin, les champs sont défoncés. Les ravitaillements sont durs. Plus d’une fois j’ai dû attendre à la batterie, ou même dans la côte le long d’un talus, une accalmie. Le temps passe et on est toujours en position.
22 mai
On prend Douaumont, mais on le reperd. Nous avons malheureusement des pertes. Des blessés ; et le 23, Bisch, maréchal des logis tué.
La position est parfois intenable mais il faut tenir .Les hommes n’en peuvent plus. Un peu de repos serait bien mérité mais il ne vient pas vite. Avec cela le temps passe et on en est toujours au même point. La canonnade fait rage du matin au soir, mais pas de résultats appréciables. C’est bien dur.
31 mai
Nous sommes toujours ici.
Quel ennui ! Les lettres n’arrivent pas régulièrement. Marguerite reçoit à peine ½ de ce que je lui envoie. Que de crève-cœur je ressens. Je ne vois pas de fin à cette guerre ; que deviennent nos pauvres parents restés dans les Ardennes ?
1er juin
Journée épouvantable. Pour monter au rapport, j’éprouve bien des difficultés. C’est un marmitage sans arrêt. Que de fois cela m’est arrivé ! car presque tous les jours c’était la même chose. Le soir, nous avons un accident terrible. Vers 8 h ½ alors qu’on déchargeait les munitions, arrive un obus boche qui, mettant le feu aux camions, occasionne du fait de l’essence un immense incendie. Un de nos dépôts de munitions saute avec un bruit infernal. 400 obus environ. 6 hommes de la section munitions sont tués, et 2 de chez nous disparus. Les malheureux ont dû être déchiquetés et en bouillie. La 4ème batterie éprouve en général plus de pertes, surtout comme morts.
7 juin
Au soir, la batterie descend. On laisse les pièces. Nous les échangeons avec le 81ème.
On reste dans le bois jusqu’au samedi 10 juin, jour où vers 8 h matin nous quittons la région pour venir à Herpont (Marne) à 18 km de Ste Menehould. Quel soupir de soulagement ! C’est sans regret que tous nous avons quitté ce vilain coin. Bien qu’Herpont soit un triste village de Champagne, on s’y sent plus à l’aise ; et on se repose l’esprit.
Du 4 au 11 juillet
Je vais en permission à Neuilly. Je rentre à Herpont où je retrouve tout le monde.
17 juillet
Au matin nous partons pour le camp de Mailly où nous devons faire des expériences. Nous cantonnons à Pogny (Marne, chambre chez le notaire).
Le lendemain 18
Nous arrivons à Trouan le Petit (Aube) où nous cantonnons pendant notre séjour ici.
Vu à Mailly des pièces de 400 et 380 ; des Russes. Séjour assez agréable à Trouan. Bureau chez Gillain, débitant tabac ; très accueillants. Revu Seigeot receveur à Carignan, détaché à Arcis sur Aube ; Armandé fils du receveur de Rocroi, détaché à la gare de Mailly.
lundi 30
Au soir, arrive un ordre de se tenir prêt à embarquer le lendemain.
mardi matin
Précisions : nous embarquons en chemin de fer à l’arsenal de Mailly à 5 heures. Destination inconnue, mais au moment où on parle d’embarquer, c’est la Somme. Nous quittons Trouan à 4 heures ; la famille Gillain est tout en larmes ; c’étaient de bonnes gens et nous les regrettons. A 4 h ½ on est en gare. Le train est formé ; on embarque les tracteurs, canons, camions et voitures. Il fait un soleil de plomb. J’ai un mal de tête horrible et ne puis dîner. Nous avons, à 3, un compartiment de 2ème classe. On s’y installe. Le train démarre à 9 h pour la gare de Mailly que nous ne quittons qu’à minuit. On sait qu’on va à Noisy le Sec. Mais de là ?... On passe par Châlons, Château Thierry (que de pensées vers les 2 êtres que j’adore). Arrivée à Noisy vers 9 heures. Après maints pourparlers ; le train n’étant pas signalé ( !!!) la machine « Est » nous conduit au Bourget. Là une machine nous prend le train. Interrogé le mécanicien dit devoir le conduire à Longueau (près Amiens). Cependant, le train suit la ligne de Soissons. J’ai une lueur d’espoir vite dissipée. A Ornoy-Villers, il bifurque vers le nord. C’est Estrées St Denis, Montdidier, et Longueau. Là nous débarquons.
On quitte la gare pour cantonner à Rumigny (7 km au sud d’Amiens) où nous devons attendre des ordres.
11 août
Naissance de Madeleine. J’ai le télégramme le samedi 12 à 8 h soir. On me donne 2 jours de permission (quelle bienveillance !!) Je pars d’Amiens à 2 h matin et suis à Neuilly le dimanche à 1 heure après-midi. Je trouve toute la famille en bonne santé ; la petite Madeleine est bien portante. C’est pour 2 jours, mais enfin cela fait plaisir. Marguerite est bien soignée. Je repars, tranquille, mais avec de l’ennui quand même le mercredi 16 à 6 h soir. Arrivée à Amiens à 5 h matin, à Rumigny à 11 heures.
23 août
A 8 h matin nous partons tous pour Etinehem, petit pays au bord de la Somme (au nord d’Amiens). Le soir, la batterie met en position à Curlu, dans les jardins.
J’y vais le lendemain ; il y a 15km. On passe par Bray où il y a des traces de bombardement, Suzanne, pas mal détruit, Vaux, et par une route longeant le marais on arrive à Curlu. Le pauvre pays est dans un triste état. Pour le prendre il a fallu bombarder le village qui est maintenant détruit. Quelques jours après la pluie transforme les chemins en marécages et c’est avec mille difficultés qu’on arrive à effectuer le ravitaillement. Les camions s’embourbent, se cassent. Enfin, on a mille misères. Le temps se remet heureusement et on améliore les chemins.
3 septembre
Vers 11h ½ soir alors que le Capitaine Ponson, les sous-lieutenants Lair et Hurel étaient couchés dans leur abri, au bord de la Somme, un obus boche de 150 traverse sacs à terre, rondins, et la voûte en tôle, et fait explosion à l’intérieur. On ne retrouve plus que 3 cadavres, au milieu des matériaux éboulés. Consternation dans la batterie. Monsieur PETIT en est d’autant plus consterné que peu de temps avant il partageait avec ces officiers une bouteille de Bénédictine que l’épouse du jeune Capitaine avait envoyée. Ce souvenir il l’a souvent raconté à ses filles.
5 septembre
On les enterre dans un cimetière militaire à Etinehem.
8 septembre
Changement de position.
On met en batterie au-delà du bois d’Hem ou plutôt ce qui reste du bois : un champ garni de quelques piquets. Le terrain est labouré et retourné par nos obus. D’énormes abris boches sont écrasés. Au milieu de la plaine, des cadavres de soldats allemands desséchés ; des obus non éclatés, torpilles, grenades, fusils, casques. C’est le champ de bataille dans toute son horreur ; le paysage est triste et lugubre.
20 septembre
Arrivée du Capitaine de Jouvencel. Je vais le chercher à 5 h ½ du matin près de Maricourt et le conduis au PC du Chef d’Escadron.
Au moment de revenir, voiture embourbée. Elle y reste 2 jours. Résultat : mon képi disparu (enlevé sans doute par des explosions car la voiture revient abîmée). Du PC j’assiste à une formidable attaque boche. Tirs de barrage épouvantables avec 210 et toute la gamme. A la batterie, 2 tués. Je ne puis quitter les Carrières que vers midi. Je rentre dans un état : rempli d’eau et de boue des pieds à la tête. Ça se renouvelle quelques jours de suite.
8 octobre
Nous avançons : mise en batterie près de Cléry. Position très dangereuse. Les routes sont effroyablement marmitées. Nous y perdons un conducteur de tracteur ; puis quelques jours après : un autre ; un cuisinier tué – quelques blessés.
19 octobre
Nous allons au repos à Saveuse à 3 km d’Amiens (à l’Ouest).
Bureau installé dans le pavillon « la petite Saveuse » qui appartient à un professeur du lycée d’Amiens.
Du 1er novembre au 11 novembre
Je pars en permission et je trouve ma famille en bonne santé.
12 novembre
Au matin nous partons en position à Buscourt en avant de Feuillères. L’échelon est à Méricourt.
La position est bien installée : sapes très profondes, boisées, établies par les boches. A l’échelon installé à Méricourt, par les clairs de lune les avions boches viennent lancer des bombes, comme du reste dans toute la région. (Il y a 6 semaines déjà près de Cappy, nous avons été copieusement arrosés, bombes d’avions ; et 133).
Le mauvais temps arrive. Les routes sont dans un état épouvantable. On éprouve bien des ennuis avec les voitures. L’atelier est toujours encombré. Le séjour à Méricourt se prolonge et le repos ne vient pas vite.
1917
20 janvier 1917
Nous allons au repos à Lamotte en Santerre, à quelques kilomètres en arrière de Méricourt.
Séjour peu agréable, en raison de l’affluence des troupes au repos, due à la proximité du front. La gelée prend fortement ; la neige tombe et ne fond pas.
22 janvier 1917
Au matin, nous quittons Lamotte pour aller à La Hérelle (Oise) (à mi-chemin entre Amiens et Beauvais) où nous devons passer 2 jours avant d’embarquer. Il fait un froid intense. Déjà quelques radiateurs sont crevés. Nous sommes à peu près bien installés à La Hérelle.
02 janvier 2009
Introduction au carnet 3 :"Notes personnelles (suite)"
Ses déplacements vont le conduire dans la Somme, la région d’Epinal, la Marne, Château-Thierry, Epernay, Reims, Dormans, Nancy, puis Marne et Haute-Marne, Vosges, retour à Château-Thierry, Compiègne, à nouveau Montagne de Reims et la région de Souain et Sommepy. Voilà, brièvement résumée l’errance de ce soldat, père de deux enfants en bas âge, pendant les deux dernières années de la guerre. Ses permissions ne lui apportent que des joies de bien courte durée : « la permission s’écoule vite ; trop vite ». L’ennui le saisit de plus en plus : « D’ailleurs, c’est simple, je m’ennuie partout de me sentir si seul et voudrais être près de ma femme et de mes deux petites. »
Suzanne, bien que très jeune alors, a encore en mémoire quelques souvenirs des mois passés à Nogent.
Elle jouait avec des cubes sur lesquels étaient reproduites des images de soldats et d’infirmières, des combats aériens ou navals.
Quant à Madeleine, elle a retrouvé son alphabet de temps de guerre. Ainsi avons-nous A comme Artillerie, B comme Boches, E de Embuscade, F de Fort, T de Tranchée, et le U de Uhlans …. Ce ne sont là que des exemples ! Monsieur PETIT, lors d’une permission, avait apporté une tente qui a servi aussi de lieu de jeux à Suzanne et ses cousins ; ils y jouaient à la ….guerre !
Elle revoit aussi le petit sac de toile que sa mère utilisait pour envoyer quelques victuailles à son mari au front. « Un petit sac, car on ne trouvait pas grand-chose ! ». L’étiquette d’expédition était écrite à la main avec « un crayon que l’on mouillait ».
Marguerite et Marie tricotaient des gants de laine (« des gants immenses, sûrement pour des mains d’homme ! »), ce qui leur rapportait quelques sous.
Lors des premiers bombardements de la Grosse Bertha, la famille se terrait dans la cave, mais au fil du temps, cette pratique fut abandonnée : « c’était aussi dangereux de se retrouver avec toute la maison sur la tête ! ». A Nogent, Suzanne, comme d’autres enfants, a ramassé un débris d’un obus venant de la Grosse Bertha ; les adultes les mettaient en garde : « attention, ça brûle ! ».
L’écriture change : dans les deux précédents carnets, elle est très soignée. Dans ce dernier, surtout quand Monsieur PETIT sent que le cours de la guerre change, que les boches perdent du terrain, que la situation politique en Allemagne même devient plus chaotique, l’écriture se relâche. Les dernières lettres de nombreuses lignes se prolongent par un trait horizontal : expression de lassitude ? Envie d’en finir au plus vite ? Soulagement ? Il suit aussi beaucoup moins les lignes de son carnet, l’écriture se fait plus rapide. Le cauchemar est en passe de se terminer.
De grandes périodes sans écrits, ou peu commentées, correspondent à des offensives :
- du 5 mai au 21 juin 1917, « peu de changements depuis l’offensive, qui malheureusement n’a pas réussi. Il y a eu des combats épouvantables mais pas de résultats».
- du 14 juillet au 15 août, puis au 4 octobre 1917 : quelques lignes sur l’utilisation de gaz asphyxiants et « l’ennui me prend et pendant plus d’un mois ce sont des journées atroces. »
En 1918, on a l’impression que les informations commencent à mieux circuler, Monsieur PETIT donne davantage de précisions sur la position des anglais et de l’ennemi. « On commence à avoir espoir que la fin de la guerre approche ».
A partir du 26 septembre, il entrevoit la victoire : « C’est dur, mais on avance », « chaque jour apporte de nouveaux succès ». « Enfin, depuis 4 ans, on met les pieds dans notre malheureux département. Nos parents doivent entendre le canon de la délivrance. Quelle joie si c’était bientôt. » Il énumère les villes et villages libérés sur les différents fronts. Il nous apprend que le village de Renwez n’a été libéré que tout à la fin de cette épouvantable guerre. « Après 4 ans passés, mes parents sont délivrés. Ce n’est pas sans émotion que j’ai lu ce communiqué du 10 novembre. Quand aurai-je de leurs nouvelles ? Je souhaite le plus vite possible, car, pour le dernier jour de cette maudite guerre, la bataille a été violente là. »
Il termine sa narration par ces phrases :
« Le 11 novembre, 1561ème jour de la guerre, marque la fin de ce terrible carnage qui n’a aucun précédent dans l’histoire.
Les conditions de l’armistice imposées à l’Allemagne sont formidables. Elles ne le sont pas trop pour un pays qui n’a jamais reculé devant les moyens les plus barbares et les plus sauvages pour essayer d’écraser la France.
Pendant 4 ans passés, nous avons souffert, mais nous avons tenu.
L’heure de la vengeance a enfin sonné. »
Suzanne, 96 ans, se revoit encore avec son petit drapeau tricolore en papier, elle criait avec les autres enfants « La guerre est finie ! ». D’ailleurs voici un extrait du « Journal » du mercredi 13 novembre 1918 (journal que m’ont confié Madeleine et Suzanne) : « La deuxième journée sans guerre à Paris : (…) On vit de tout petits enfants qui s’en allaient gravement, serrant entre leurs bras d’immenses drapeaux. On vit flotter d’autres drapeaux, cravatés de deuil. Ceux qui les avaient arborés avaient fait à la victoire le sacrifice d’un être cher et ils affirmaient ainsi la mâle joie qu’ils éprouvaient à travers leur immense douleur. »
01 janvier 2009
Carnet 3 : 1917-1918
Notes personnelles (suite) – 2ème volume du 22 janvier 1917 à la fin de la guerre.
22 janvier 1917
La Hérelle (Oise). Le froid redouble. On ose à peine sortir. Chacun se demande où nous allons aller. On parle vaguement que l’état-major va aux environs d’Epernay et qu’on y concentrera le régiment. Il court un tas de « décisions ».
jeudi 25 janvier
Nous recevons l’ordre d’embarquer à Montdidier à 10 h soir.
La plupart des voitures ne roulent plus. On est obligé de les remorquer, et d’en venir chercher d’autres. Nous y partons à 7 h du soir. Il fait un froid terrible ; les routes sont glissantes. A Montdidier, nous assistons à la fin de l’embarquement de la section de munitions. Le train part. C’est à notre tour à embarquer. C’est assez difficile en raison des voitures immobilisées. Des taubes viennent vers 11 h du soir jeter des bombes, sans dégâts. Nous devons partir à 2 h 28 ; on part vers 3 h ¼. Par Creil, nous arrivons à Pantin vers 9 h matin. Là nous devons recevoir une destination nouvelle : désillusion. Au lieu d’Epernay : c’est Neufchâteau. Et là, on recevra de nouveaux ordres. Où allons nous donc ?
Le train est en panne vers Emerainville (Seine et Marne au sud de Torcy). Bielle cassée. (C’est cependant une 3 100). Une heure ½ de retard. Installés en seconde avec Prato et Guillemeau, nous ne sommes pas trop mal. Vers 7 h du soir, halte repas à Mesgrigny-Méry (Aube). Distribution de café à laquelle j’assiste. Il fait un froid ! Puis départ. Nouvelle halte repas à Rimaucourt au nord est de Chaumont (après avoir passé à Troyes, Maranville à l’ouest de Chaumont). Pour ainsi dire impossibilité de dormir tellement il fait froid. A Liffol le Grand (sud est de Neufchâteau), la machine n’a plus d’eau. On en fait venir une de Neufchâteau. Arrivée à 11 heures. Peu d’arrêt. On se ravitaille puis nous repartons pour Thaon (Vosges au nord d’Epinal) où nous devons débarquer. On passe à Mirecourt ; près d’Epinal.
27 janvier
On arrive à Thaon vers 4 heures.
Nous débarquons mais le cantonnement est à environ 8 km. Châtel-Noméry. Nous y allons. La batterie arrive peu après. On est assez bien installé. Pays agréable, sur la Moselle. Usines.
Du 12 février au 22 février 1917
Je pars en permission le soir à 5 h 40 (de Charmes).
A Meaux, où j’arrive vers 5 h du matin, j’attends Marguerite, qui avec Suzanne et Madeleine arrivent à 11 heures. Nous continuons vers Paris où nous sommes à midi. Déjeuner. Taxi jusque la Porte de Vincennes. Tramway jusqu’au Perreux où Marguerite va maintenant habiter. 7bis rue des Comenceaux, une petite villa que j’ai louée et où Marie doit venir la rejoindre. Dès mon arrivée, je vais à la mairie afin d’y avoir du charbon, qui est très rare. Je cours partout et je trouve enfin du bois. On réussit tant bien que mal à se chauffer. Je trouve quelques boulets. Nous nous installons, mais la permission s’écoule vite ; trop vite.
Et le 21 février, je reprends à Nogent le train de 6 h ½ soir, puis à la gare de l’Est celui de 8 h soir qui me ramène à Noméry le 22 février à 11 h du matin.
dimanche 18 mars
Des groupes embarquent à la gare de Châtel.
lundi 19
Nous envoyons un détachement précurseur vers Epernay dit-on.
mardi 20
A 9 h matin, coup de téléphone de se tenir prêt. En effet, départ à 11 h. Il fait un temps épouvantable : tempête de neige. L’étape est assez courte ; par Charmes, Tantonville, Vézelise. Nous allons coucher à Selaincourt ( Meurthe-Moselle), petit pays région de Colombey les Belles.
Le lendemain, départ de bonne heure ; il fait froid. De nombreux convois de TU ( ?) se dirigent vers la Champagne. Incident en route : dans une descente, tracteur emballé. Le canon tombe sur le dos. Pas d’accident. On passe à Ligny en Barrois, joli pays. Nous cantonnons à Stainville (Meuse).
Le lendemain, départ. Route pittoresque. Par St Dizier nous gagnons Marolles (Marne – 3 km de Vitry le François). Partout des tombes, souvenirs de la bataille de la Marne. Nous avons 2 jours de repos en attendant la 3ème étape qui doit être longue : 110 km dit-on.
24 mars
Départ à 5 heures. Routes encombrées : par Sézanne, Montmirail, nous prenons la route de Château Thierry et cantonnons aux Coquerets (à quelques km au sud de Château Thierry).
dimanche 25
Départ à 11 h du matin. On devait aller vers Soissons, mais il y a changement : nous repassons à Montmirail et venons cantonner à Moussy (6 km au sud d’Epernay).
lundi 26
A 4 h du soir par une pluie battante nous partons : Epernay, Reims, Gueux où nous allons rester.
Les troupes arrivent de tous côtés. Cela rappelle Nubécourt ( ?) au moment de l’attaque de Verdun. Embouteillages sur les routes, boue, pluie. Le tableau est complet.
Le lendemain soir, nous prenons position entre Cauroy les Hermonville et Cormicy. Des renforts arrivent ; du matériel en quantité.
On attend l’attaque avec impatience, et l’espoir, que cela va être décisif. Mais le mauvais temps persiste. Routes dans un triste état. On tarde à déclencher l’attaque.
lundi 16 avril
Au matin, ça y est. Sur la gauche (Berry au Bac) et sur la droite (Auberives, Prosnes).Ça marche assez bien, mais en face nous avons un morceau dur à avaler : le fort de Brimont terrible adversaire. On prend Loivre, Courcy ; on approche du front, mais il se défend avec acharnement. Le temps a été contre nous ; l’accalmie renaît. Durera-t-elle longtemps ? Entre temps les boches ont bombardé Reims d’une façon abominable ; des incendies se déclarent. Le peu de civils qui y restent sont obligés d’évacuer. Nous changeons d’emplacement d’échelon pour venir route de Bouleuse. 2 jours après on nous fait encore changer pour venir dans un bois sur le route de Reims à Jonchery.
5 mai
La chaleur commence et devient de plus en plus accablante.
Je reçois une carte message de mon père qui me dit qu’ils sont en bonne santé.
Mme Duchesne rapatriée de Lonny me dépeint sur une longue lettre la triste vie dans les régions envahies.
Peu de changements depuis l’offensive, qui malheureusement, n’a pas réussi. Il y a eu des combats épouvantables mais pas de résultats.
A l’échelon les taubes viennent chaque nuit et bombardent la vallée de la Vesle (gares de Muizon, Jonchery, Prouilly, etc…).
21 juin
Au soir nous quittons, et sommes relevés. Par Gueux, Ville en Tardenois, nous gagnons Vincelles où nous allons au repos (à 2 km de Dormans). On y est assez bien installé.
lundi 25 juin
Je pars à midi en perm. de 24 h. Je fais une surprise en arrivant. Je passe ma journée du mardi à Nogent et en repars le mercredi par l’express de 8 h à Paris. Ces heures ont passé trop vite. Le 24 mai, on a opéré ma petite Madeleine. J’obtiens une permission de 4 jours.
Du 2 au 13 juillet 1917
Je pars en permission de 7 jours. Le 4 mon frère arrive. C’est la 1ère fois que nous nous voyons depuis le début de la guerre. C’est une grande joie de nous revoir. Ma permission s’écoule plus vite encore que d’habitude.
Je reçois avis que le groupe est parti pour la direction de Verdun. Cela m’ennuie.
vendredi 13 juillet
Je quitte, bien à regret ma famille. A 8h je prends à Paris l’express pour Bar le Duc où j’arrive à 2h.
Départ pour (ou par ?) le Varnimot ( ?) à 5 h ½. Je descends à Ramécourt et me dirige sur Juvrécourt (à l’est de Nancy) où devait être le groupe. Là on m’apprend qu’il est à Brabant en Argonne à 8 km de là. Fatigué, je me couche dans une écurie avec des fantassins.
14 juillet
Je gagne ce village où je trouve l’échelon. On est à 6 km des batteries. Village démoli. On est sous un hangar.
Au bout de 4 jours, nous en partons pour venir nous installer dans une forêt, non loin d’Autrecourt (sud est de Ste Menehould), d’une part, et Waly, d’autre part.
Le séjour y serait charmant, mais l’ennui me prend et pendant plus d’un mois ce sont des journées atroces.
Vers le 15 août
La batterie reçoit des obus asphyxiants. Nous avons une trentaine d’évacués. Ce sont des gaz qui brûlent la peau. Quelques uns sont bien touchés. Les boches avaient essayé par ce moyen d’empêcher nos tirs d’artillerie en vue de la préparation de l’attaque. Celle-ci a lieu quand même et réussit : la cote 304 et le Morthomme (au nord ouest de Verdun-entre Verdun et Montfaucon) sont dégagés.
De temps à autre, la batterie reçoit quelques marmitages sérieux qui ne blessent par bonheur personne.
4 octobre 1917
Relève de la batterie. Nous venons à Valcourt, petit village à 5 km de St Dizier (au Sud) où nous devons changer notre matériel de 120 contre du 145 mm. Je vois Coutant et Fédricq employés à Revigny (Meuse) en venant ici.
du 15 au 27 octobre
Je pars en permission. Que ces 10 jours passent vite. Courses tous les jours à Paris. Ma petite Madeleine est bien changée. Elle se dresse seule dans son lit et jacasse toute la journée.
Suzanne est bien gentille. Depuis qu’elle va à l’école (le 1er octobre) elle a du goût pour apprendre.
Malheureusement le départ arrive. Je rejoins le camp d’Halnicourt ( Hallignicourt) (à 2 km de Valcourt). Les pièces sont touchées. On apprend la débâcle en Italie. Que de bruits circulent ! D’autant plus qu’on y envoie des renforts.
20 novembre
Au matin, départ. Il est question d’aller vers Lure où vient de partir le 2/84. Le 4/83 est parti il y a peu de jours à Maxéville. Temps affreux tout le long du voyage : froid, pluie.
1ère étape à Bologne (Hte Marne au nord de Chaumont). Triste cantonnement. Des trains chargés d’anglais passent allant sans doute vers l’Italie. Le soir, dans une grange voisine, un tracteur prend feu. C’est la série, car à Halnicourt ( Hallignicourt) peu de jours avant notre départ un camion a brûlé également.
21 novembre
2ème étape Fays Billot, joli bourg. Réception cordiale. On y fabrique de la vannerie. Billets de logement.
22 novembre
Nous devons partir à 7 h pour Roye (à l’est de Lure) par Vesoul et Lure. Mais un ordre est arrivé la nuit. Nous devons nous diriger vers St Nicolas de Port (Meurthe et Moselle à l’est de Nancy). Est-ce un contrordre, une fausse manœuvre ou quoi ?
Nous passons par Vitrey, Jussey et par une route accidentée mais superbe l’été, longeant la Saône, nous arrivons à Darney (Vosges au sud est de Vittel). Gros bourg où la réception est tout à fait cordiale.
Nos pièces ne nous ont pas suivi. En passant à Corre (Hte Saône) l’une d’elle passe au travers du tablier d’un pont. Notre remorque se jette sur un arbre. Attelage cassé. Enfin la guigne noire. La batterie ne peut nous rejoindre et travaille à rétablir les dégâts.
22 et 23 novembre
Nous cantonnons donc à Darney. La batterie arrive le 23 au soir.
24
Nous partons et cantonnons à Tantonville dans la brasserie. Salles chauffées, couchettes.
25
Départ et arrivée à St Nicolas. Mauvaise impression ; il pleut. On trouve à peine à se loger. Location d’un bureau.
On doit rester là un moment.
C’est la petite ville, mais sans intérêt. On s’y ennuie. D’ailleurs, c’est simple, je m’ennuie partout de me sentir si seul et voudrais être près de ma femme et de mes deux petites. Va-t-on y passer l’hiver ? On le dit.
Cependant les officiers reconnaissent des positions. On dit que les boches, encouragés par la trahison russe, et l’armistice, massent des troupes sur notre front.
11 décembre
Les hommes vont travailler à construire une position, près de Manonviller (est de Lunéville). Je reste quelques jours à St Nicolas.
samedi 15 décembre
Départ des pièces et du reste des hommes. Je m’installe à Thiébauménil à 3 km de la batterie.
C’est un front bizarre. Pas de bruit de canon pour ainsi dire. Les villages près des lignes sont habités. On construit une position magistrale.
21 décembre
Nous déménageons le bureau pour aller à la ferme de Saulcy (entre Moncel et St Clément).
La neige tombe, puis il gèle. L’hiver se fait sentir rudement.
1918
1918 – Le 4 janvier
Je prends le train à Lunéville pour aller passer 3 jours à Nogent afin de régler quelques affaires.
Malheureusement, comme toutes les permissions, celle-ci se passe bien vite. Retour difficile ; neige, retard dans les trains.
14 janvier
On quitte la position de Manonviller pour revenir à Lunéville, caserne Stanislas.
On y est assez bien cantonné, mais c’est la caserne : consignes assez rigoureuses. Ville triste surtout à la tombée de la nuit où on ne voit par ci par là que les éclairs de lampes électriques portatives.
Des hommes s’en vont amorcer une position vers Remenoville.
2 février
Départ pour Baccarat. Le cantonnement y est assez difficile. Le 1er jour on loge tant bien que mal. Mais le lendemain matin, la batterie allant construire sa position à Reherrey (à 6 km de là au nord de Baccarat) on s’installe un peu mieux. Le pays est assez plaisant et doit être pittoresque en été.
Du mardi 5 au mercredi 20 février
Je pars en permission 10 jours. Je prends le train à Lunéville. A Paris, plus de correspondance pour Nogent par suite du retard des trains. Je suis obligé d’y coucher et le lendemain matin je gagne Nogent.
Plus que toutes, cette permission est passée bien vite, et c’est avec bien du chagrin que le mercredi 20 février, je reprends à Paris l’express de 20 h pour rejoindre Lunéville, la batterie pendant mon absence ayant pris position à Crillon. (Crion.)
jeudi 21
Arrivée à Lunévilleà midi ½. J’y retrouve tout le monde.
lundi 25
On quitte la position ; on doit retourner à Manonviller. Soudain, contre ordre.
mardi 26
Nous nous dirigeons vers Tantonville. Là, pas de cantonnements. On nous envoie à Ognéville (1 700 m de Vézelise), tout petit pays où on ne reste qu’1 ou 2 jours, le régiment devant, dit-on embarquer. Les percos courent : c’est la Champagne ; les Flandres, etc… On apprend au bout de 2 jours qu’il n’en est rien. Nous devons aller près de Neufchâteau en réserve de la 1ère armée. Le départ est fixé, puis, contre ordre dû au mauvais temps. Quelques jours après, le départ est annoncé à nouveau ; puis, contre ordre dû à l’état des routes et aux encombrements causés par les mouvements de troupe.
nuit du 8 au 9 mars
Les gothas vont sur Paris. Puis ils reviennent de temps à autre.
lundi 11 mars
Nous quittons Ognéville pour venir cantonner à Frébécourt (Vosges) à 5km de Neufchâteau.
Le cantonnement y est assez bien. Le séjour est agréable (paysage charmant ; vallée de la Meuse).
dimanche 17
Je vais à Domrémy (5 km de là). J’y visite la basilique et la maison de Jeanne d’Arc.
samedi 23 mars
A 7 h du matin, je prends le train à Frébécourt ; je pars pour une perm. de 3 jours à Nogent où Marguerite est souffrante.
Arrivée à Paris vers 4 heures. Devant la gare de l’Est, foule. On me dit que des gothas venus le matin ont lancé des bombes. Le métro, les trams, rien ne marche. Je vais à pied à la gare de la Bastille. Place de la République, débris de verre : des bombes y sont tombées.
J’attends à la gare et je n’arrive que vers 6 heures ½ causant bien entendu une agréable surprise.
Le soir, nous apprenons qu’il s’agit d’obus lancés par une pièce à longue portée (du 210).
Vers 10 h, alerte. Des gothas sont signalés, tirs de barrage. A minuit fin de l’alerte.
dimanche 24
La pièce tire de ¼ d’heure en ¼ d’heure ; le lundi, répétitions.
Le mercredi après-midi, une carte m’avertit que la batterie est partie de Frébécourt et cantonne à Courtisols (Marne – près de Châlons).
jeudi matin 28
Je reprends à Paris l’express de 8 h matin. Je descends en gare de Châlons. Les gothas venus l’avant-veille ont démoli le toit vitré ; la gare de marchandises ; une partie des établissements Mielle, et en ville presque des rues entières.
Me renseignant à la gare sur mon unité, on me dit : centre de ralliement, Is sur Tille. J’étais bien ennuyé, me doutant qu’ils allaient plutôt vers la Somme, car le 22 mars, les boches, fonçant sur les anglais, les forcent à reculer, et reprennent le terrain reconquis par nous en juillet 1916 avec tant de peine (Montdidier, Chaulnes, Nesles, Curlu, Ham, etc, etc…).
Je sors donc dans Châlons me demandant où aller, lorsque dans la rue, un homme du 85ème me dit que le groupe va passer incessamment au pont.
En effet, passe le 3ème groupe. On me dit que le 2ème est arrêté à l’entrée de Châlons. J’en suis bien heureux, car où les rencontrer ? (Courir pourtant n’est pas agréable). En effet, je les trouve à l’entrée de Châlons. Avec quel plaisir, je mange vite un morceau, car la colonne va bientôt repartir.
A 1 heure on démarre, traversée de Châlons ; maisons démolies. Ville triste. Les habitants s’en vont. Nous cantonnons à Fère-Champenoise, assez joli pays. Je couche chez Mme Nauthus (?) qui tenait un magasin de vin à Rimogne.
vendredi matin
Départ. Par Connantre, Sézanne, Esternay, Montmirail, nous arrivons à Nesles la Montagne (à 4 km de Château-Thierry). On cantonne dans des fermes où on arrive vers 7 h du soir.
samedi
A 9 h, départ. Par Château-Thierry, Viels Maisons, Lizy sur Ourcq (je passe à 3 km d’Etrepilly), Mareuil sur Ourcq. On vient cantonner à Betz (Oise sud ouest de la Ferté-Milon).
dimanche 31 mars
Jour de Pâques, départ à midi pour venir bivouaquer à l’entrée de Compiègne, dans la forêt. La ville est évacuée, soumise journellement aux bombardements des avions et même des pièces à longue portée. Nous couchons dans la forêt. Le matin vers 5h des avions boches survolent la ville.
lundi 1er avril
A 1 heure, départ. On passe à Clermont et nous arrivons à 8 h du soir à Noyers St Martin (Oise).
Des troupes arrivent de partout.
3 avril
On monte en position dans le village de La Hérelle où nous avions cantonné l’an dernier au sortir de la Somme.
7 avril
Nous quittons le village de Noyers pour installer l’échelon à la ferme de Gouy à 21,500 ( ?) de là.
8
Au matin, on apprend que dans la nuit, une pièce de la 4ème Cie a éclaté : pas de victimes, heureusement.
dimanche 7 Au soir, une trentaine d’obus de 133 sur La Hérelle. Pas de dégâts. Les boches sont non loin d’Amiens (vers Villers Bretonneux). Le mauvais temps continue.
mercredi 10 avril
Nous avançons l’échelon à la ferme de Morvillers (à 2 km d’Ansauvillers). Le beau temps a l’air de vouloir prendre. Quelques coups de main. Activité de l’artillerie de part et d’autre.
La 2ème section monte en position près d’une ferme à 1200 m de La Hérelle.
La 1ère section avance non loin du village de Plainville. Marmitages fréquents.
Vers le 15 mai
La chaleur prend fortement.
De l’artillerie arrive encore dans le secteur. Va-t-on attaquer ? On en cause.
Mais, le 27, on apprend que les boches ayant déclenché une attaque formidable entre Soissons et Reims ont réussi à percer le front et avancent. On dit que Cormicy et cette région où nous étions en batterie l’an dernier sont pris.
28 mai
Ordre de partir. A 6 heures du soir, la batterie s’étant rassemblée à la ferme de Morvillers dans l’après-midi, nous partons.
Peu après Clermont, ordre de bivouaquer sur le bord de la route. La nuit, les avions bombardent les gares et pays environnants.
mercredi 29
A 6 h du matin, départ : par Creil, Senlis, nous gagnons Betz où on doit cantonner. Mais vers 4 h ordre de partir de suite. Cela n’étonne pas, car les journaux annoncent que les boches ont pris Fismes, Bazoches, Ville en Tardenois, etc…Il y a contre ordre. Mais on reste sur le qui-vive.
jeudi 30
A 6 h, nous prenons la direction de Château-Thierry.
Mais peu après Mareuil sur Ourcq, le camion bureau a une panne assez longue. Pendant ce temps, la batterie avance et nous ne parvenons pas à la rattraper. En arrivant à Château-Thierry, fumées noires derrière la ville. Nous apprenons par la suite que c’est le parc d’aviation que l’on brûle. A Château, plus de civils. Par contre, circulation très difficile. Camions dans tous sens, pressés de passer. A grand peine, nous traversons le pont sur la Marne.
Vers la gare, malgré le motocycliste qui nous dit que la batterie est vers Crézancy, la commission auto nous donne l’ordre de nous diriger sur Montmirail. Nous savons pourquoi après : les boches essayaient à ce moment de passer la Marne à Mézy, à 2 km en face.
Des civils se sauvent en masse. Nous sommes bloqués 1 heure sur le pont au dessus de la gare de Château où les dernières machines et les derniers wagons sont attachés en hâte et filent vers Paris.
Le 40ème d’artillerie passe ventre à terre pour mettre en batterie. On éprouve un moment d’angoisse car on sent que le boche n’est pas loin. La route se dégage avec peine. Les voitures de toutes sortes marchent sur 3 rangs. Des ambulances chargées de blessés essaient de se faufiler.
Jusque Montmirail, il en est ainsi. Là pas de nouvelles du groupe. Ne sachant où aller, je suis le 3ème groupe qui va à Orbais. Là on apprend que le 2ème est à Condé en Brie. Mais on y va, et il en est parti pour Igny le Jard. Nous bivouaquons en pleins champs. La batterie arrive dans la nuit et prend position aussitôt, car les boches essaient de passer la Marne. On fait sauter les ponts. Enfin au bout de quelques jours, les boches réussissent à prendre dans Château-Thierry, la rive droite.
vers le 8 juin
Voyant sans doute qu’ils ne peuvent plus rien par ici, ils attaquent entre Montdidier et Noyon où ils n’avancent que peu. Puis vers la forêt de Villers Côtterets.
Vers le 1er juin, je vois Fernand Thierry dont la division s’installe à Igny. Mais 2 jours après, ils partent.
On est longtemps sans nouvelles. A Nogent, inquiétude très vive. Marguerite me demande s’il faut partir. Une sorte de panique règne là-bas.
Ici, beaucoup de malades et évacués. Fièvre, courbatures.
Echelons, forêt d’Igny le Jard.
Chaque jour on se demande ce que vont faire les boches.
Mis en batterie à Festigny. Bombardement du PC du groupe (forêt de Nesles le Repont). Un soir, une section vient mettre en position dans la forêt d’Igny le Jard. On a appris par un prisonnier que les boches cherchent à passer la Marne. Aussi, on est alerté presque chaque jour. La 2ème section vient rejoindre la 1ère.
9 juillet
Je pars en permission. Marguerite a été très malade. Je la trouve au lit, mais avec beaucoup de mieux.
nuit du 14 au 15 juillet
On entend de Nogent un violent bombardement et on voit vers le front les lueurs des canons. Le lendemain on apprend que les boches ont attaqué sur un front de 80 km de Château-Thierry à l’Argonne. Sur l’armée de Champagne, ils n’ont pu rien faire que de se briser. Entre l’Aisne et Marne, vers Villers-Cotterets il en est de même. Mais entre Château et Dormans, les boches traversent la Marne et occupent Courthiézy, Dormans, La Chapelle Monthodon, St Agnan, etc… Ils viennent à Nesles le Repont, Festigny. Puis ils s’élargissent en direction d’Epernay jusque Montvoisin (?). Leur but était de prendre Châlons, Epernay, et de ce fait Reims, et marcher sur Paris.
18 juillet
Mais, on les arrête et vers le 18, on contre attaque. Les boches reculent, repassent la Marne. Petit à petit se dégage la région de Château-Thierry, Dormans.
Malheureusement le 18, le Lieutenant Fabiani est tué près de l’étang d’Igny le Jard d’un éclat d’obus. L’aspirant Chassen (?) blessé grièvement à la jambe subit l’amputation et meurt aussitôt.
21 juillet
Peu à peu nos troupes retraversent la Marne. On parle que nous devons également le faire, quand le 21 juillet, notre batterie est désignée pour aller dans la Montagne de Reims à la disposition du 1ère CC.
Mise en batterie à Craon (Cran-de Ludes) de Ludes dans la forêt (Montagne de Reims). Site merveilleux. Echelon dans une ferme à Fontaine sur Ay (2km d’Avenay).
Des bruits de dissolution du groupe circulent. La 4ème batterie a versé ses pièces, usées.
En effet vers le 12 ou 13 août, la 3ème batterie est rattachée au 4ème groupe. La 4ème est désignée pour aller à Vincennes former une batterie du 90ème Commt. Quelle désillusion pour nous tous et surtout pour moi pour qui un séjour à Vincennes aurait été si agréable. Enfin, il n’y a rien à faire.
Par bonheur, la position est assez bonne. On n’a que 2 pièces. Donc, peu de tirs. La région est assez agréable. On souhaite y rester jusqu’à la mauvaise saison.
L’offensive commencée le 18 juillet se poursuit. Les anglais ayant en même temps attaqué sur leur front reprennent la région entre Amiens et Péronne, puis Péronne et avancent au-delà.
De notre côté, prise de Noyon, de Soissons, continuation de l’avance pour l’arrivée sur Anzin, prise de Ham, Chauny, Tergnier. On commence à avoir espoir que la fin de la guerre approche.
18 septembre
Relève de la batterie qui descend à l’échelon à Fontaine sur Ay.
19 septembre soir
Nous partons pour la Champagne. Point de direction : Tilloy-Bellay (route de Châlons à Ste Menehould).
20 septembre
Au matin, je vois le vaguemestre du 259ème d’artillerie. Mon frère est à 8 km environ, au camp des normands un peu plus loin que St Rémy-Bussy (route de Somme-Suippe). J’y vais l’après-midi et je passe quelques heures auprès de lui.
Le soir, occupation de la position entre Wargemoulin et Minaucourt. Concentration formidable d’artillerie de tous calibres. On s’attend à attaquer. Les routes sont sillonnées de convois.
22 au soir
Nous quittons Tilloy pour aller bivouaquer sur la grande route entre Auve et Gizaucourt. On est bien mal. De la poussière, puis de la pluie.
On s’attend chaque jour à l’attaque.
nuit du 25 au26 septembre
Enfin dans la nuit à 11 h du soir, déclenchement d’un tir d’artillerie épouvantable. La terre tremble. C’est un vacarme indescriptible. A 5 h du matin, l’infanterie sort mais le canon grondera sans arrêt toute la journée.
Dans l’après-midi on apprend que ça marche. C’est dur, mais on avance : prise de la main de Massiges, de Tahure. A droite, les américains prennent Montfaucon, Varennes. Chaque jour apporte de nouveaux succès. Malgré les défenses formidables accumulées par l’ennemi depuis 4 ans, on avance.
Prise de Sommepy, Gratreuil, Fontaine en Dormois, Tahure, Ripont, Rouvroy.
Le lendemain, on entre dans les Ardennes : prise d’Aure, Manre.
Enfin, depuis 4 ans, on met les pieds dans notre malheureux département. Nos parents doivent entendre le canon de la délivrance. Quelle joie si c’était bientôt. Petit à petit, les gains s’accroissent : Ardeuil, Séchault, Bouconville. Les américains poussent jusque Brieulles sur Meuse, prennent Apremont, Exermont.
3 octobre
On apprend la prise de St Quentin par les anglais.
30 septembre
Nous quittons la route de Ste Menehould pour aller en avant, bivouaquer à Hans.
2 octobre
Les pièces descendent de la position, et le 3 au soir, nous partons à Coole (non loin du camp de Mailly). Triste pays. Mauvais cantonnements.
Les percos commencent à circuler : on parle de l’Italie ou de l’Est.
dimanche 6 octobre
Brusquement, à 1 h ½ après-midi, ordre de partir immédiatement pour Vitry, Châlons, les Grandes Loges, Septsaulx. Nous arrivons près de Prosnes dans un terrain bouleversé par les obus. Le journal du jour nous avait appris la prise d’Auberive, Vaudericourt, Dontrien, puis l’évacuation par les boches, des « monts » (massif de Moronvilliers, forts de Nogent l’Abbesse, de Berru). Reims dégagé et un recul des boches sur un front de 35 km de Bermericourt à Betheniville.
Enfin l’Allemagne, l’Autriche et la Turquie offrent l’armistice, la Bulgarie ayant depuis 8 jours déposé les armes.
7 octobre
Mise en batterie près de Pontfaverger. Prise de St Etienne à Arnes, Isles sur Suippe, Boult sur Suippe.
La ligne allemande « Hindenburg » craque de toutes parts et est enfoncée.
10 octobre
Prise de Cambrai. 15 000 prisonniers. Quelques heures après l’entrée des anglais dans la ville, des explosions un peu partout et des incendies. Ce sont les machines infernales laissées par les boches.
Chaque jour de nouveaux pays sont délivrés. Sur la rive droite de la Meuse, les américains avancent. Prise de Liry, Monthois, Challerange, Grandpré.
12 Octobre
Les français entrent dans Vouziers. Prise d’Asfeld, Vieux les Asfeld. Laon commence à se dégager.
Les boches répondent à Wilson qu’ils acceptent ses conditions, mais demandent une commission pour régler l’évacuation.
13 octobre
Prise de Laon (armée Mangin)- On y trouve 6 500 civils - et de La Fère.
15 octobre
Départ de l’échelon (« la plaine »), pour revenir cantonner à Coole, ce si vilain pays où on ne trouve pas à s’installer. Il fait froid à travailler dehors.
18 octobre
8 h, on apprend la prise de Lille, Douai, Ostende et Bruges.
19
Celle de Roubaix, Tourcoing, Wassigny.
20
Les belges occupent Zeebruge, base de sous-marins boches. Prise de Denain.
21
On est à 5 km de Valenciennes, 3 de Tournai et 10 de Gand.
Vers les Ardennes, la lutte devient âpre et dure. On avance très peu.
Je reçois une lettre de Balba, soldat lorrain, qui a cantonné à Lonny, et qui, ayant déserté et passé en France, me donne des nouvelles de mon père et de la vie à Lonny. A sa lettre est joint un petit carton portant écrit de la main de mon père l’adresse de Mme Boutte. L’impression de joie que m’a fait ce carton est indescriptible : plus de 4 ans que je n’ai pas revu son écriture.
Je lis avec peine les détails sur la triste vie que l’on mène dans les pays envahis.
samedi 26 octobre
A 7 h ½ soir, départ de Coole. Par Châlons et St Etienne au Temple, on arrive au camp de Montivet près de Suippes où on bivouaque.
dimanche soir 27
8 h départ. Par Souain, Sommepy, ferme de Médéah, on arrive vers 3 h du matin au lieu-dit « Busy » en plein bled au bord de la route de Suippes à Vouziers.
Je revois avec tristesse, les ruines de Souain, déjà vues en 1915.
La traversée des lignes boches fait peine à voir. C’est un bouleversement, une suite de tremblements de terre. Un chaos innommable. Les arbres qui bordent la route sont rasés par les obus ; des cimetières dans les champs. Par endroits, les boches ont fait exploser des mines sur la route ce qui fait que l’on est obligé de se détourner pour passer.
La route est assez bonne.
A Sommepy, il ne reste plus rien ; on voit les vestiges d’un passage à niveau, mais plus de gare. A un endroit, nous sommes obligés de quitter la grande route et de faire un coude par Semide, car les boches ont fait sauter un pont au-dessus d’une ligne de chemin de fer à voie normale qu’ils ont établie et les travaux de reconstruction ne sont pas encore terminés.
On arrive à Semide par une forte descente. Pays à peu près démoli par nos avions. C’est une infection ; une puanteur.
A la sortie du village, un camp de prisonniers français.
Les boches avaient construit la grande gare. Partout du reste, des lignes de chemin de fer longent ou traversent les routes.
28 octobre
Des avions boches lancent des proclamations où le peuple allemand demande la paix, en cédant aux desiderata de Wilson.
Le soir on apprend que l’Autriche demande la paix séparée.
Petit à petit, nous gagnons du terrain, sauf en face où c’est dur, mais d’ici quelques jours, il y aura peut-être du changement. On se met en batterie à Coulommes.
1er novembre
Vers 3 h du matin, déclenchement d’une intense préparation d’artillerie entre Vouziers et Attigny. Prise de Rilly aux Oies, Semuy et Voncq, Falaise et Primat. Les américains prennent Landres St Georges, Imécourt, Landreville, Bayonville, Remonville, Andevanne, Clery le Grand.
Dans le nord, prise d’Audenarde (Belgique).
La Turquie signe l’armistice.
Révolution en Autriche
Les Italiens battent les Autrichiens.
2 novembre
Prise de Valenciennes.
En Champagne, prise de Semuy, Quatre-Champs, La Croix aux Bois, Ballay, Longwé.
Les Américains prennent Champigneulles, Beffu le Morthomme, Verpel, Sivry les Buzancy, Thenorgues, Briquenay, Buzancy, Villers dt Dun, et Cléry petit, menaçant la trouée de Stenay.
Les Italiens dénombrent plus de 1600 canons et plus de 80 000 prisonniers.
L’Autriche demande l’armistice.
Bruits d’abdication du Kaiser.
4 novembre
L’Autriche ayant accepté l’armistice, les hostilités sont suspendues sur le front italien.
Bilan de l’armée italienne : 300 000 prisonniers et 5 000 canons capturés.
Les conditions de l’armistice sont dures. Elles comportent entre autres la libre disposition par les alliers des chemins de fer autrichiens ce qui va permettre l’invasion de l’Allemagne par la Bavière.
Les français et anglais attaquent sur plus de 40 km, prennent Landrecies et encerclent Le Quesnoy. 13 000 prisonniers, 200 canons.
Sur le front d’Argonne nous occupons la rive sud du canal des Ardennes entre Semuy et Le Chesne. L’ennemi résiste vigoureusement sur la rive nord.
Les Américains prennent La Neuville en face Stenay, Les Grandes Armoises, et tiennent la ligne Sedan-Longuyon-Conflans sous leurs feux.
5 novembre
Prise de Le Quesnoy, Guise, Château-Porcien, Dun.
L’ennemi bat en retraite de la Sambre à l’Argonne.
La 1ère armée (Gal Deberrey) fait 4 000 prisonniers et prend 60 canons.
Prise d’Herpy, Condé les Herpy, Montgon, Le Chesne, Louvergny, Sauville.
Les Américains traversent la Meuse à Dun, prennent Liny dt Dun, Milly, Beaumont, Létanne.
A Beaumont, 500 civils français.
La ligne de Sedan-Metz est à certains endroits à 8 km d’eux.
Prise de Yoncq, La Besace, Stonne.
Prise de 51 canons soit plus de 150 depuis le 1er novembre.
6 novembre
Les boches « décollent » de Rethel à Attigny et battent en retraite. Inondations au dessus de Vouziers.
La batterie qui devait prendre position au-delà de Vouziers descend à l’échelon.
On annonce que des parlementaires allemands vont traverser nos lignes pour venir prendre connaissance de l’armistice préparé par les Alliés.
En attendant, nos troupes poursuivent les boches.
7 novembre
Prise de La Capelle.
En face, nous tenons la ligne Signy l’Abbaye-Wagnon-Viel St Rémy-Mazerny-La Horgne avançant de plus de 16 km au nord de l’Aisne.
Dans la vallée de la Bar, nos éléments avancés dépassent St Aignan s/Bar et prennent pied au sud de la Meuse sur les hauteurs qui dominent Sedan.
Les Anglais avancent toujours.
Les Américains prennent la partie de Sedan située rive ouest de la Meuse.
Les plénipotentiaires boches traversent les lignes et se rendent au QG du Maréchal Foch.
La révolution se soulève en Allemagne.
8 novembre soir
Départ de l’échelon (Bussy) pour venir cantonner à Dampierre au Temple, puis St Hilaire au Temple. Nuit noire ; pluie. Nous retraversons les anciennes lignes par Sommepy et Souain.
Foch signifie aux parlementaires les conditions de l’armistice et leur donne 72 heures pour accepter.
La République est proclamée en Bavière.
Les socialistes allemands demandent et exigent l’abdication du Kaiser.
La marine allemande se révolte. Le prince Henri frère du Kaiser prend la fuite.
Prises d’Avesnes, Hautmont. On atteint Liart-Singly-Frénois et le faubourg de Sedan-ligne entre Origny et Liart. Nous prenons la Meuse de Mézières à Bazeilles.
L’ennemi abandonne des canons et du matériel.
Les Américains éjectent les boches dans la plaine de Woëvre.
Prise de Liry, Ecury, Breheville, Damvilliers, Flaba.
Le Kaiser refuse d’abdiquer.
9 novembre
Grande nouvelle. Guillaume II abdique ; le Kronprinz renonce au trône.
Les parlementaires envoient un courrier en Allemagne. Celui-ci atteint Spa avec mille difficultés. Glageon-Fourmies-Hirson-Anor et St Michel sont pris.
Prise de Signy le Petit.
Nous atteignons la voie ferrée de Mézières à Hirson, près de Maubert-Fontaine.
Nous longeons le cours de la Sormonne. Nous avons abordé et entouré Mézières et Mohon et franchi la Meuse à hauteur de Lumes.
La révolution éclate en Allemagne.
Constitution d’un gouvernement républicain à Munich.
Comité de Salut Public à Francfort.
Le Duc de Brunswick abdique.
A 9 h soir, nous apprenons par radio que le gouvernement allemand donne tous pouvoirs aux parlementaires pour signer l’armistice.
11 novembre Nous apprenons que c’est chose faite et que les hostilités doivent cesser à 11 h 55. Le roi de Wurtemberg prend la fuite.
L’ex-kaiser se sauve en Hollande.
10
Les arrières gardes ennemies ont résisté à notre avance. Nous dépassons la Sormonne, prenons Sormonne et atteignons la route d’Hirson à Mézières au sud de Renwez.
Malgré la résistance des boches, nous prenons Maubert et atteignons à 4 km de là les Rièzes de Maubert ainsi que les hauteurs au n.e. de Sévigny la Forêt.
Le corps italien prend le Tremblois et Rimogne, pénètre dans le bois des Potées et le bois d’Harcy poussant avec vigueur en direction de Bourg-Fidèle.
A l’ouest de la Meuse nous progressons au nord de la ligne Renwez-Montcornet et Arreux-Damouzy-Belair.
Enfin, après 4 ans passés, mes parents sont délivrés.
Ce n’est pas sans émotion que j’ai lu ce communiqué du 10 novembre. Quand aurai-je de leurs nouvelles ? Je souhaite le plus vite possible, car, pour le dernier jour de cette maudite guerre, la bataille a été violente là.
N’était-ce pas assez pour eux de 4 années de souffrances et de privations et fallait-il encore qu’ils se trouvent au milieu de l’affreuse mêlée.
En Woëvre, les Américains atteignent les lisières sud de Stenay, et les bois de Baâlons.
Prise de Gibency ?, Abaucourt et Grimaucourt, Mancheville, St Hilaire et le bois de Danmartin.
La révolution déchaîne dans l’Allemagne entière.
La république est proclamée à Darmstadt (Duché de Hesse).
Le 11 novembre, 1561ème jour de la guerre, marque la fin de ce terrible carnage qui n’a aucun précédent dans l’histoire.
Les conditions de l’armistice imposées à l’Allemagne sont formidables. Elles ne le sont pas trop pour un pays qui n’a jamais reculé devant les moyens les plus barbares et les plus sauvages pour essayer d’écraser la France.
Pendant 4 ans passés, nous avons souffert, mais nous avons tenu.
L’heure de la vengeance a enfin sonné.
31 décembre 2008
Lexique
LEXIQUE :
Batterie et échelon, d’après le site Internet du CRID14/18 (Collectif de recherche international et de débat sur la guerre 14-18)
Batterie :
Ensemble coordonné de canons, faisant partie d’un régiment d’artillerie. Elle est commandée par un capitaine secondé par deux lieutenants. Elle se décompose au front en deux éléments :
la batterie de tir proprement dite, sous les ordres directs du capitaine et des lieutenants, avec les quatre canons et leurs servants et les téléphonistes commandés par un brigadier.
Echelon :
installés plus loin en arrière, sous les ordres d’un adjudant, qui rassemblent les chevaux et tout le matériel autre que les canons.
Au repos, batterie et échelon sont regroupés.
Marmite/marmitage :
Dans l’argot des combattants, ces termes désignent les obus et les bombardements d’obus.
Termes liés à l’aviation :
Aviatik (allemand) :
biplace de reconnaissance utilisé au début de la guerre pour observer les positions et les mouvements des forces ennemies. Il servit aussi de bombardier.
Gotha :
bombardier allemand en action dès 1916
Taube :
avion allemand employé dès 1912 à des fins militaires. Sa forme évoque celle d’un oiseau en vol (« taube » en allemand signifie « pigeon »)
Saucisse :
nom donné au ballon d’observation français, en raison de sa forme allongée.
Autre
Perco :
d’après un site Internet consacré à l’argot de la Grande Guerre, il s’agirait « d’un tuyau qui sert à faire chauffer le jus (abréviation de « percolateur ») et à donner les nouvelles des cuistots ». Ce mot est employé à deux reprises par Monsieur PETIT ; ce sens semble convenir, puisqu’il se rapporte à chaque fois des bruits qui courent. On comprend bien là le rôle de colporteur de nouvelles des cuistots.







